Sommes-nous trop pareils ?

Sommes-nous trop pareils ?

C'est une question cruciale de notre époque : les différences entre hommes et femmes sont-elles indépassables ? En toile de fond de ce débat : le désir, la rencontre, la possibilité de s'aimer, le rôle de chacun... Etat des lieux des réponses les plus engagées.

Les hommes se féminisent-ils ? Les femmes se masculinisent-elles ? Depuis les années 1970, la conquête de l'égalité entre les sexes – pas encore gagnée – a fait exploser les anciens repères, tant psychologiques que sociaux, et redistribué les rôles. Les premiers auraient basculé du côté yin (amants nounours, papas poules, métrosexuels...), et leurs compagnes du côté yang (amazones sexuelles, femmes de pouvoir, mères à la carte...).

A tel point qu'aujourd'hui, l'indifférenciation sexuelle serait une vraie menace pour les individus et la société.
Ce risque est au centre de débats violents. D'un côté, ceux qui considèrent que réduire le féminin et le masculin à des caractéristiques anatomiques, biologiques ou culturelles enferme les deux sexes dans un rôle de composition étroit. De l'autre, les défenseurs de la différence, des psychanalystes essentiellement, pour qui prôner l'altérité, c'est s'inscrire dans une dynamique de vie.

La peur de l'altérité

La psychanalyste Hélène Vecchiali (1) dénonce la féminisation des hommes. Une évolution dommageable, puisque c'est l'attirance entre les deux sexes qui en pâtirait. « Le désir ne se manifeste que dans l'altérité, insiste-t-elle. En recherchant du semblable, on se ferme au désir, au plaisir et à la connaissance de soi. Parce qu'elle nous confronte à l'inconnu, l'altérité est un risque. Elle fait peur à une époque où l'on cherche avant tout à se rassurer. »

L'absence de confrontation à la différence est ce que les partisans de la différenciation sexuelle dénoncent comme une régression majeure. Ne pas accepter les caractéristiques et les limites de son sexe, ainsi que celles de l'autre, traduit pour Gérard Bonnet (2), psychanalyste et sexologue, un fantasme infantile d'hégémonie caractéristique de notre époque.

« Freud a découvert que l'être humain est originellement bisexuel, il se construit ensuite en tant qu'être sexué. Aujourd'hui, notre société exploite ce fantasme de bisexualité, qui est une aspiration à la toute-puissance : "Je peux être tout !" Or la différence des sexes est une réalité biologique, l'accepter, c'est accepter la réalité.

Cette réalité est le point de butée de notre narcissisme. Pour se construire, il faut se heurter à des limites. Grâce à elles, on peut rencontrer l'autre, et dans l'amour, l'éblouissement vient de ce que l'on est face à un être humain différent. Y compris dans les couples homosexuels. »

1. In Ainsi soient-ils, sans de vrais hommes, point de vraies femmes (Calmann-Lévy, 2005).
2. Auteur de L'Autoanalyse (Puf, "Que sais-je", 2006).