Violaine Gelly | |
| août 2007 | |
Qu'est-ce qui nous permet de nous sentir vraiment comblés ? Savoir cultiver l'attente, être soi-même et avoir confiance en l'autre, répond la scientifique...
Petits secrets pour grandes satisfactions
Qu'est-ce qui nous permet de nous sentir vraiment comblés ? Savoir cultiver l'attente, être soi-même et avoir confiance en l'autre, répond la scientifique Maïté Sauvet.
Chercheuse en neurosciences, Maïté Sauvet enquête depuis des années sur l'épanouissement sexuel.
Psychologies : Pour écrire votre dernier livre, vous avez rencontré quantité de personnes qui se disent « sexuellement satisfaites ». Que nous apprennent-elles ?
Maïté Sauvet : Beaucoup de choses, et notamment que l'industrie du sexe – qui promeut une sexualité mécanisée, superficielle – ne correspond pas aux besoins biologiques et au développement hormonal nécessaires à notre plaisir. Qu'est-ce que ça veut dire, « être satisfait » ? C'est une notion subjective. Or, toutes les personnes que j'ai écoutées dans le cadre de mon enquête décrivent le même état. Je pense notamment au témoignage d'un homme qui, à 45 ans, et après des temps difficiles, a découvert que les relations amoureuses pouvaient lui procurer de la satisfaction, ce qu'il n'imaginait pas du tout possible. Il raconte que dans sa vie, mais aussi avec les femmes, c'est comme s'il n'était plus « à l'extérieur du paysage, mais à l'intérieur ». Il est complètement pris dans ses sensations. Tous ont ainsi une expérience de plaisir très élevé, avec l'impression d'être dans une autre réalité. Quand je leur ai demandé d'évaluer leur satisfaction sur une échelle de 1 à 10, ils m'ont répondu : « Au moins 1 000 ! » Concrètement, cela vient d'une inondation hormonale considérable. Je me suis alors demandé comment on arrive à une telle inondation. Et dans toutes les histoires, j'ai mesuré l'importance de l'attente, d'un point de vue à la fois psychologique et biologique. Dans les premières rencontres, et même après, si on ne passe pas par la case « j'attends », ou « je fantasme », on ne peut permettre au plaisir de se développer.
Pourquoi ce temps d'attente ou de fantasme est-il si important ?
Quand on attend, le cerveau se prépare à la libération de la dopamine, l'hormone du plaisir. Prenez un enfant qui attend un cadeau de Noël. Au moment où il le reçoit, il vit une libération hormonale très importante. Biologiquement, c'est l'attente qui permet la construction du désir, puis l'accès aux sensations de plaisir. C'est pour cette raison qu'il faut savoir prendre son temps, aussi bien dans la construction de la relation que dans l'exploration sexuelle. Or, aujourd'hui, nombreux sont ceux qui passent à l'action très rapidement. C'est notamment le cas des jeunes, qui se lancent sans préparation aucune.
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