Alain Dreyfus | |
| lundi 20 octobre 2008 09:10:48 | |
Elle est électronique, ressemble à une vraie clope, permet de conserver la gestuelle du fumeur et de recracher une fausse fumée parfumée au tabac blond. Notre journaliste l'a...
Elle est électronique, ressemble à une vraie clope, permet de conserver la gestuelle du fumeur et de recracher une fausse fumée parfumée au tabac blond. Notre journaliste l'a expérimentée.
«Arrêter de fumer ? Facile. J'ai déjà arrêté cent fois. » Je peux prendre entièrement à mon compte cette boutade d'Oscar Wilde, tant mes relations avec le tabac s'apparentent à un interminable jeu de yo-yo. J'ai tout essayé : les patchs, les produits de substitution, l'hypnose et même l'expérimentation en double aveugle d'un médicament avant sa mise sur le marché. Les résultats n'ont pas été complètement négatifs. Mon record est même un arrêt total de deux ans !
Mais le tabac a toujours repris le dessus. Pourquoi ? Fumer tue, c'est écrit en gros sur les paquets; fumer pue, c'est une réalité tenace. Mais fumer est aussi un plaisir, une gestuelle qui accompagne et poétise – même si c'est une poésie à la petite semaine, j'en conviens – le fil de la vie quotidienne. Toutes choses dont j'ai le plus grand mal à me passer.
Le « miracle » est arrivé il y a quelques jours. Après un concert, je suis allé tailler une bavette avec l'un des musiciens que je n'avais pas vu depuis des lustres, au buffet installé dans un coin de la petite salle. Là, je le vois tirer sur un bâton noir terminé par une diode verte qui s'allume à chacune de ses inspirations. C'est alors que je remarque les volutes de fumée lui sortant de la bouche et du nez ! Je lui lance un « C'est quoi, ça ? » intrigué, qui entraîne cette réponse à graver dans le marbre : « Ça ? C'est une bénédiction contre l'addiction. »
Il m'explique le fonctionnement de sa cigarette électronique et me fait goûter. Ce n'est pas désagréable. Et produire dans un lieu clos une fumée qui ne sent rien et ne dérange personne est une jouissance incomparable.
Le lendemain matin, je me précipite sur Internet, tape « cigarette électronique » dans un moteur de recherche et passe commande. Quelques jours plus tard, arrive au bureau un colis en forme de boîte à cigares, et me voilà l'heureux propriétaire du petit bâton blanc, muni d'un fume-cigarette (ça fait un peu Alice Sapritch) dont je souffle des volutes parfaitement inodores, mais pas tout à fait sans saveur.
Les réactions fusent : chacun y va de sa petite bouffée, et je m'attire aussi quelques piques du style : « On dirait une tétine, un grand garçon comme toi ! » Je tiens bon. Du coup, je fume partout, ça ne gêne personne, mais ça intrigue beaucoup. Les garçons de café me demandent de m'arrêter, je leur explique le principe, leur fait constater l'absence d'odeur, et je continue à fumer mon calumet en paix. Je fume de temps à autre de vraies cigarettes, mais incomparablement moins qu'avant.
Reste que pour vraiment mesurer l'efficacité du produit, un délai est nécessaire. Rendez-vous dans deux mois, dans ces mêmes pages. Autour d'un café et d'une (fausse) clope ?
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