Laurence Lemoine | |
Hétéro ou homo, aujourd’hui, on affiche son identité sexuelle. Et on la revendique. Il existe pourtant une troisième voie, encore taboue, qui consiste justement à ne pas choisir. Une ambivalence que nous aurions tous en nous ?
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Actuellement, elle vit avec un homme. Il y a deux ans, Florence vivait avec une femme. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours été attirée par les deux sexes. A 17 ans, parce que c’est avec une femme qu’elle fait l’amour pour la première fois, elle se croit homosexuelle. « Les garçons continuaient de m’attirer physiquement mais je les trouvais idiots. Je me disais lesbienne parce qu’on me collait cette étiquette. Mais je n’ai jamais choisi un camp. »
Aujourd’hui, à 37 ans, Florence a aimé autant d’hommes que de femmes. Si elle assume aussi bien ce parcours hors du commun, c’est parce qu’elle a toujours pu parler simplement de sexualité avec ses parents. « A leurs yeux, rien n’était malsain ni pathologique, explique-t-elle. Je me suis sentie libre d’aimer selon ma nature. »
Cette différence qui dérange
Amour libre, pilule, Gay Pride : notre époque croit avoir accompli sa révolution sexuelle. Elle admet qu’à côté du modèle hétérosexuel dominant existe son contraire, l’homosexualité. Mais elle bute encore sur une troisième voie, celle ouverte par les bisexuels qui revendiquent le droit de ne pas choisir, le droit d’aimer indifféremment hommes et femmes, successivement ou simultanément. « Notre société n’arrive pas à se départir d’une logique binaire qui voudrait qu’il n’existe rien entre l’homosexualité et l’hétérosexualité. Les choses ne sont pas aussi simples que ça », constate la socio-anthropologue Catherine Deschamps.
Dans les années 40, Alfred Kinsey, auteur de deux grandes enquêtes sur les comportements sexuels, affirmait déjà que toutes les pratiques existaient et s’organisaient en un continuum, depuis l’hétérosexualité jusqu’à l’homosexualité en passant par la bisexualité. Soixante ans plus tard, affirmer sa bisexualité reste pourtant malaisé. « Pour les hétérosexuels, je suis un homosexuel qui ne s’assume pas. Pour les homos, je suis un traître à la cause. L’entre-deux, la différence, provoque toujours un malaise », déplore Antoine, 31 ans.
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