Claude Halmos | |
| mardi 14 avril 2009 15:39:13 | |
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C’est quand même incroyable ! Avec son frère on n’a jamais eu aucun problème, et pour celui-là, on est appelés toutes les semaines chez le directeur de l’école. Ce n’est pas possible d’avoir deux enfants aussi différents ! »
Cet étonnement des parents devant les différences qu’ils constatent chez leurs enfants mérite qu’on l’interroge, car il est plus important qu’il n’y paraît. Il est en effet un révélateur – et sans doute l’un des meilleurs – de la nature particulière du lien qui unit les géniteurs à leurs enfants.Que des parents, en effet, pensent que leurs enfants devraient se ressembler, alors qu’ils savent très bien par ailleurs qu’aucun être humain n’est semblable à un autre, nous donne d’emblée une indication : les parents ne « pensent » pas leurs enfants comme ils « pensent » les autres gens. Leurs rejetons ne sont pas pour eux des « autres »… comme les autres.
Et sur quoi les parents fondent-ils l’évidence de cette similarité qu’ils s’étonnent de ne pas trouver ? Sur le fait que leurs enfants auraient reçu d’eux la même éducation… Cette certitude, elle aussi, vaut que l’on s’y arrête, car elle recouvre une double croyance. Elle indique en effet le fantasme, dans lequel sont la plupart des parents, d’avoir été « les mêmes » avec chacun de leurs enfants, mais elle dit aussi la place qu’ils donnent, sans le savoir, à l’éducation. Et, du même coup, l’idée qu’ils se font – inconsciemment – de leurs enfants. Car pour que deux éducations puissent produire deux enfants semblables, il faudrait non seulement qu’elles aient été absolument similaires, mais aussi que les deux enfants y aient réagi exactement de la même façon. C’est-à-dire que l’éducation ne se soit heurtée chez eux à rien, à aucune « personnalité », à aucun être propre qui, par son existence même, aurait pu limiter, ou du moins orienter, l’influence de l’adulte.
En fait, par leur étonnement, les parents témoignent d’une vision impensée de l’enfant, qui fait de ce dernier une sorte de cire vierge, qui serait entièrement façonnable par l’éducation, donc par eux. Dans une telle optique, les enfants ne pourraient évidemment être que semblables entre eux puisque, en dernière analyse, ils seraient semblables aux parents qui les auraient éduqués…
La ressemblance que les parents s’attendent à trouver entre leurs enfants n’est donc qu’une transposition, un déplacement, de la façon dont ils les pensent, sans le savoir, pareils à eux.
D’où viendrait pour les parents cette difficulté à différencier leurs enfants d’eux-mêmes, à les considérer comme de véritables « individus », nantis de désirs qui leur sont propres ? Difficulté qui, on le sait, est au cœur de tous les problèmes d’éducation.



