Hélène Mathieu | |
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Guillaume Canet est un homme élégant. Il arrive avec une minute trente de retard et se confond en excuses. Plus beau qu’à l’écran, longiligne, des mains de pianiste et un teint de porcelaine, il se pose dans le fauteuil, et l’ensemble s’agence joliment : ce garçon a de la grâce.
Quelles sensations avez-vous eues en jouant le pur salaud de Darling. Du plaisir ?
C’était intéressant à jouer. Ce film va dans le sens de ce que je cherche à faire depuis des années : ne plus jouer le jeune homme naïf. Dans Darling, il y a eu des moments où je me dégoûtais moi-même de ce que je faisais.
Vous donnez l’impression d’être un homme très doux. Vous avez trouvé cette violence à l’intérieur de vous ?
[Il offre un sourire charmant.] Je l’ai trouvée, il n’y a pas de souci. Il suffit d’appuyer sur le bon bouton. Je n’ai jamais été violent envers une femme, mais je ne suis pas un pacifique, je ne suis pas quelqu’un qui se laisse faire. Je peux être violent, même physiquement. J’ai grandi à la campagne avec des chevaux, dans un milieu très sain où les gens sont droits. Ça fait partie de mon éducation d’avoir une parole, une seule, et je n’accepte pas le mensonge, la fourberie, les gens tordus. Face à cela, je peux devenir violent. La presse people, par exemple, peut me rendre violent. Ce métier demande beaucoup d’abandon de soi. Donc la vie privée, la famille, c’est important pour me reconstruire. Quand la presse s’en empare, j’ai l’impression que l’on a cambriolé ce qui est vraiment à moi, qu’il ne me reste plus rien. Et je ne l’accepte pas.
Vous avez reçu le césar du meilleur réalisateur à 34 ans pour Ne le dis à personne. A ce moment-là, vous n’avez pas un peu pris la grosse tête ?
Après des années à apprendre l’humilité avec les chevaux, on ne peut pas se la péter. Des années à se lever à 5 heures du matin pour nettoyer les box, à monter dix chevaux par jour, à faire quatre cents bornes pour faire tomber une barre en concours et revenir bredouille, c’est une sacrée école d’humilité et ça ne s’oublie pas. J’aimerais même de temps en temps pouvoir me la péter un peu plus. C’est un défaut chez moi. A force de vouloir toujours être humble, j’en oublie d’apprécier le succès. C’est tout mon problème. Quand je fais un film, j’ai l’impression d’y mettre ma vie et toute mon énergie, que rien n’est acquis, qu’il faut chaque fois remonter sur le cheval. Je ne peux pas me satisfaire du succès. Chez certains metteurs en scène couverts de prix, on ne sent plus la même niaque. Ils ne jouent plus leur vie. Jean Rochefort m’a dit un jour une phrase que je cite souvent et qui m’est restée dans la tête : "N’achète jamais le barbecue."
Psychologies.com
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