
Mots béquilles ou expressions dans l’air du temps ont envahi notre langage, sans que nous en ayons conscience. Si la plupart n’apportent rien à la précision du message, ils sont révélateurs de notre époque et dévoilent beaucoup sur chacun de nous.
Àquoi servent ces petits mots égrainés tout au long de nos phrases et tellement agaçants (chez les autres !) quand nous en prenons conscience ? « C’est clair », « Absolument », « Voilà… », « Hallucinant », « Grave », « Juste pas possible »… « Ce sont des chevilles qui tiennent le discours, explique Pierre Merle, sociologue, auteur de nombreux livres sur le langage. Sans elles, la personne qui parle aurait l’impression que sa phrase est bancale. Le procédé n’est pas nouveau, Balzac s’en plaignait déjà… Plus récente est leur prolifération, issue du syndrome télévision et radio, où le silence est totalement banni : il faut remplir l’espace avec de nombreux mots destinés à prolonger la phrase. Pourquoi dire “absolument” ou “tout à fait” quand un bref “oui” suffirait ? Ces formules sont reprises ensuite par tous, non seulement parce nous les entendons sans arrêt, mais parce que s’approprier le tic de quelqu’un est une manière d’essayer de lui ressembler. » Le tic sert aussi à créer une complicité dans un groupe social donné, une génération particulière. Imagine-t-on une sexagénaire asséner « grave » tous les deux mots ? Non, pas plus qu’un jeune ne dirait « surréaliste »…
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