Tout savoir sur les pervers

Favorisées par les idéaux de notre société libérale, les conduites perverses se multiplient, révèlent les psychanalystes. Qu’est-ce qui les caractérise ? Comment reconnaître l’individu maltraitant ? De quelle façon réagir face à lui ? Nos réponses pour éviter de se faire manipuler.

Depuis Malaise dans la civilisation de Freud (1929), nous savons combien la vie en société façonne les symptômes individuels. Si l’ère patriarcale, puritaine, moralisatrice incitait au refoulement des désirs, engendrait honte et culpabilité, la nôtre, permissive et individualiste, induit de la perversion. Il y a dix ans tout juste, dans L’Homme sans gravité, le psychanalyste Charles Melman annonçait l’émergence de nouveaux modes de fonctionnements psychiques et de rapports humains de type pervers. « Nous assistons au développement de pathologies liées à la transgression et à la conception sadomasochiste des relations », constate aujourd’hui le psychanalyste Jean-Claude Liaudet dans La Névrose française. La culture du résultat incite à instrumentaliser l’autre sans scrupule si cela est nécessaire à la progression sur l’échelle sociale. Par ailleurs, analyse Dominique Barbier, criminologue et expert psychiatre, avec le déclin du patriarcat, il n’y a plus de maître, de grande figure d’autorité – chef d’État, homme politique, penseur, etc. – à abattre. Inutile d’affronter la loi, il suffit d’agir comme si elle n’existait pas. D’où une société où l’intimité s’exhibe sans pudeur, où les enfants peuvent demander à changer de sexe à 10 ans et où les sexagénaires ont encore accès à la maternité.

Avant, c’était mieux, sommes-nous tentés de soupirer face à ce constat. Mais n’oublions pas que la société patriarcale autoritaire et puritaine engendrait ses propres monstres… Dans ce monde d’images domine l’obligation de paraître jeunes, d’effacer les signes du temps. Ces idéaux narcissiques tendent à générer des adultes immatures, pour qui leurs descendants sont plus des concurrents que des êtres à protéger, pose Jean-Claude Liaudet. Trop imbus d’eux-mêmes, ils seront absents, négligents ou maltraitants, infligeant à leurs enfants leurs états d’âme et leurs envies sans tenir compte d’eux. Ou au contraire ils leur feront partager leur ambition purement égoïste, en leur inculquant que la seule règle dans la vie, c’est la loi de leur désir. « Ils deviennent alors des complices, des compagnons de transgression », remarque le psychanalyste. De bons candidats à la perversion…

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