Maria Poblete | |
La scolarité des enfants tient aujourd’hui du parcours du combattant. Otages de l’angoisse de leurs parents, prisonniers de leurs injonctions de réussite, ils portent dès leur plus jeune âge un fardeau qui risque d’influer sur leur avenir.
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L’emploi du temps de Julia, 12 ans, élève de 5e, est digne de celui d’un ministre. Après sa journée au collège, elle se dépêche de rentrer chez elle pour faire ses devoirs et réviser les contrôles à venir. Ses parents, médecins, rentrent tard, mais s’arrangent pour revoir les leçons avec leur fille. Julia "comprend" que ses parents s’inquiètent pour son avenir, mais elle aimerait parfois "ne rien faire", jouer avec son chat ou inviter ses copines. Impossible. Même pendant les vacances, Julia doit réviser, au moins un peu.
Les collégiens ne sont pas les seuls à subir la pression parentale. « Les parents demandent des comptes dès la rentrée, constate Micheline, institutrice en grande section de maternelle dans une école parisienne. Ils vérifient quels dessins sont accrochés au mur, ils comparent les “résultats” de leur enfant avec ceux du petit voisin… Leur rêve secret ? Lui faire sauter une classe, évidemment ! »
Le culte de la performance
Et l’étau se resserre jusque dans les activités extrascolaires. Les enfants ont souvent deux, trois, voire quatre activités par semaine, des fins d’après-midi hyperactives, et des mercredis bien remplis.
« Nous sommes dans une société de performance, de réussite sociale, de chamboulement des valeurs, explique Nathalie Isoré, psychopédagogue à l’Ecole des parents. On ne vous demande jamais : “Qui êtes-vous ?”, mais : “Que faites-vous ?” Les parents sont imprégnés de cette culture. » Le spectre du chômage nourrit leur angoisse. Pour l’éloigner, ils misent tout sur les études de leurs enfants et leurs activités extrascolaires.
« C’est vrai, reconnaît Guillaume, père de deux enfants de 7 et 10 ans. Je suis conscient de ce que je leur impose, mais c’est pour leur bien. Bien sûr, il m’arrive de douter lorsque je les réveille à 8 heures le mercredi pour leur cours de tennis. Mais cette pression n’est pas gratuite. La vie est faite de cela, autant qu’ils le sachent. Sans travail, sans obstination, on n’obtient pas grand-chose. » Un exemple même "d’enfants stressés" évoqués par la pédopsychiatre Gisèle George dans son dernier livre ( “Ces enfants malades du stress”, Anne Carrière, 2002). Pour elle, les enfants subissent le même stress que les salariés en entreprise : « Un enfant qui a passé sa journée assis en classe, qui a fait ses devoirs et qui doit assurer à ses cours de violon et de solfège, finit par craquer. L’effort physique et psychologique est trop important. »
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