Pascale Senk | |
Plaisirs minuscules ou intenses jouissances : le bonheur vient à ceux qui savent saisir les moments de bien-être, leur donner un sens et les savourer. Mais il exige d’abord d’avoir le goût de soi…
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Sur cette affiche, il y a le bleu du ciel, la mer turquoise, les gouttes sur l’avant-bras de la fille… De quoi vous faire saliver. Mais cet éden suffirait-il à vous combler de bien-être ? Pas sûr. Il faut avoir vécu l’expérience du coup de blues dans un lieu paradisiaque pour savoir que les meilleures conditions ne font pas forcément le plaisir. Et même les substances plus puissantes – l’opium et les grands crus, le sucre et le tabac, sans oublier le chocolat… – finissent par s’avérer bien fades.
En devenant mécaniques et répétées, les sensations agréables se dérobent, comme le constatent les psychanalystes : ainsi Charles Melman, qui qualifie le jouisseur contemporain d’« homme sans gravité » condamné à la dépression et à la frustration (in "L’Homme sans gravité", Folio Essais, 2005), ou Dominique Miller, qui voit défiler dans son cabinet les amochés du « trop jouir ». « Celui qui court le plaisir, le plaisir le fuit », dit le dicton. Les situationnistes avaient beau jeu de nous inciter à « vivre sans entraves et jouir sans temps mort ».
Encore fallait-il laisser le mode d’emploi ! Car si ce ne sont ni les conditions extérieures, ni le "produit" qui fondent le plaisir, qu’est-ce qui permet de lui faire une place dans nos vies ?
Etre attentif
Cette question est devenue un objet d’études aux Etats-Unis, depuis 1998. Galvanisés par Martin Seligman (nommé président de l’Association américaine de psychologie cette année-là), des dizaines de psychiatres et de psychologues s’intéressent aux mécanismes du bien-être et du plaisir. « Comprendre le mieux possible comment les gens se sentent quand ils sont au maximum de l’enchantement, et pourquoi ils le sont », résume ainsi l’un de ces psychologues, Mihaly Csikszentmihalyi.
A quoi pense le musicien qui se délecte en écoutant les Suites pour violoncelle de Bach ? Pourquoi certaines femmes prennent-elles tant de plaisir à faire leurs carreaux ? Plus de vingt-cinq années d’observation et de décryptage de moments de plaisirs permettent à Mihaly Csikszentmihalyi d’avancer une première découverte : le lien entre enchantement et attention. « Certains utilisent cette précieuse ressource efficacement, alors que d’autres la gaspillent », observe-t-il. Entendez : si vous êtes pleinement à ce que vous faites, concentré et capable d’éviter les distractions, de rejeter les pensées nuisibles et de soutenir l’effort assez longtemps pour parvenir au but poursuivi, vous atteindrez « l’expérience optimale ». Et ce, que vous soyez en train de faire l’amour, de boucler un dossier délicat ou de concocter un navarin d’agneau…
Vous expérimenterez l’état de « flux », forme de pleine conscience qui n’est pas sans rappeler celle dont parlent les maîtres bouddhistes.
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