Accepter les hauts et les bas

Notre désir est par essence fluctuant, mais de moins en moins de couples consentent à cette réalité. Ils s’inquiètent parce qu’ils s’aiment mais ne font plus l’amour. Pourquoi le désir s’émousse-t-il ? Et comment vivre ses inévitables fluctuations sans mettre sa relation en péril ?

Après celles de 1970 et de 1992, la troisième enquête Contexte de la sexualité en France (CSF), énorme somme sociologique conduite par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut national des études démographiques (Ined), trace, au plus près, notre « portrait sexuel ». Plus de douze mille personnes ont accepté de répondre, en toute franchise, à des questions sur leurs pratiques, leurs rencontres, leur santé sexuelle. Et sur leur désir.

Loin des forfanteries de sondages fantaisistes nous situant, plus ou moins haut, sur l’échelle mondiale des perfect lovers, l’étude remet quelques pendules à l’heure : seule une femme sur dix déclare ne jamais connaître d’absence de désir dans une relation de plus de cinq ans, contre une femme sur trois dans une relation plus récente; 38 % des femmes en couple et 20 % des hommes avouent avoir ressenti une absence ou une insuffisance de désir dans les douze derniers mois.

Motifs invoqués ? Présence d’enfants, fatigue, lourdeur des tâches ménagères, difficultés économiques… Reste qu’au-delà des contingences matérielles, plus le couple est ancien, plus l’engagement dans la sexualité décroît. Et plus l’inquiétude et les remises en question augmentent.

Pour le psychanalyste Jean-Michel Hirt, auteur de L’Insolence de l’amour, fictions de la vie sexuelle (Albin Michel, 2007), si le désir est devenu aussi obsédant et volatil, c’est qu’il supporte mal les injonctions consuméristes de notre culture. « Pour avoir l’air normal et épanoui, il faut jouir, faire l’amour, souvent, beaucoup, remarque le thérapeute. La fréquence des relations est d’ailleurs, et malheureusement, devenue le baromètre de l’intimité du couple. Nous baignons dans une culture du “pousse-à-jouir”, qui s’accommode mal des lois du désir. Car ce dernier, pour se développer et s’exprimer, a besoin de manque, d’interdit, mais aussi de temps. Or, rechercher l’excitation en permanence et à tout prix est justement le meilleur moyen de faire fuir le désir. »

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