Lucie se déguise en sultane de harem, Alice s'imagine attachée par des soldats, Stéphane craque sur les talons aiguilles... Quel rôle jouent ces "caresses du cerveau" ?

User sans abuser

Sexe : décryptez vos fantasmes

La comparaison entre l'effet tonique de l'alcool et celui du fantasme n'est pas absurde. Généralement anodin et positif, son abus peut nuire gravement à la santé psychique. A en croire le psychanalyste Juan David Nasio, il s'établit pour de nombreuses femmes une sorte de dépendance, les images mentales étant leur seul moyen d'accéder à l'orgasme.
L'imaginaire peut aussi enfermer le sujet et le couper dangereusement de la réalité. Catherine Anthony cite un patient qui, depuis l'âge de 14 ans, se masturbait en contemplant des revues pornographiques sadomasochistes. Prisonnier de son fantasme, il ne pouvait établir de relations normales avec une femme et, à 24 ans, il était encore vierge.
Consommé avec modération, en revanche, il est bien une production positive de notre psychisme. " La capacité à fantasmer est la source d'un imaginaire riche, fécond, permettant la sublimation, le détournement de l'énergie sur la création écrit le docteur Pierre Marie ("Dictionnaire des fantasmes et perversions" (Blanche, 2000). [...] En ce sens, il est équilibrant, autant que le rêve. " Quant au psychosomaticien Sylvain Mimoun, il le nomme " caresse du cerveau ". Presque aussi poétique que les nouvelles étoiles de Georges Brassens.

FANTASMES :A chacun son scénario érotique

Les hommes, dont l'érotisme est essentiellement visuel, fantasment n'importe où et n'importe quand, selon le psychanalyste Juan David Nasio. Une image dans la rue, un contact fugace dans le métro peuvent suffire à déclencher leur imaginaire. Ce ne sont généralement pas de grands metteurs en scène. Leurs fantasmes, courants et prévisibles, puisent surtout dans le répertoire des films pornographiques, avec par exemple des scènes de fellation en gros plan.
Les femmes fonctionnent de manière totalement différente. Leurs fantasmes se font généralement jour au coeur même de la relation amoureuse, et participent, quand ils ne le conditionnent pas, au point d'orgue de l'orgasme. Leurs contenus, originaux, inimitables, ne sont pas explicitement érotiques, mais sophistiqués, souvent sous-tendus par une situation romantique, un chuchotement amoureux qui ont excité l'imagination autant que la sensualité. Ils se modifient avec l'âge. Enfin, plus que les hommes, les femmes gardent leurs fantasmes enfouis. Non par pudeur mais par prudence. Selon la psychanalyste Catherine Anthony, dans notre culture, la femme se doit de ne pas fantasmer, sinon elle court le risque de ne plus apparaître vertueuse et rassurante. Aux yeux de bien des hommes, la putain peut fantasmer, pas la maman.