Anne-Laure Gannac
jeudi 1 mars 2007 13:03:01

Style : une touche sexy, oser… ou pas

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Une jupe moulante, un chemisier qui bâille, des talons qui obligent au déhanchement… Provocation ou plaisir de se sentir femme ? Désir de séduire ou besoin de se rassurer ? Celles qui osent racontent.
© Stone
Toutes celles qui se sont un jour glissées dans une jupe moulante et ont grimpé sur une paire de talons aussi hauts que fins le savent : c’est la puissance d’une "wonderwoman" qui soudain vous envahit, la force de conviction d’une Sharon Stone qui vous galvanise. On découvre la sensation de se glisser en profondeur dans la peau de "la" femme : « En s’érotisant, la femme exprime d’abord une volonté d’exister, explique le psychanalyste J.-D. Nasio. En mettant en avant ses attributs sexuels, elle revendique son droit d’être au monde à travers l’apparence qui suscite le désir. »

« C’est un réel plaisir que de se sentir regardée, enviée, plutôt que d’être un numéro anonyme au milieu d’une foule triste, pressée, mal habillée », confirme Cathy, 27 ans. Alors, chaque matin, elle se lance à la poursuite de ce plaisir, ajoutant systématiquement à sa tenue une touche "sexy". Une jupe qui perd quelques centimètres, un chemisier qui bâille légèrement, des talons qui obligent à un déhanchement exagéré. « Quelques détails, jamais vulgaires, mais qui suffisent à attirer les regards. »
 
Attirer l’attention : une pulsion naturelle
Nombriliste, la femme sexy ? « Il y a forcément quelque chose de narcissique dans cette volonté d’attirer l’attention et le désir, mais c’est une pulsion naturelle, explique Simone Korss-Sausse, psychanalyste. C’est même notre première pulsion. Comme l’a montré Freud, le bébé est d’abord très exhibitionniste ; il prend du plaisir à sentir tous les regards sur son corps nu. Puis s’effectue un travail interne de refoulement, sur lequel viennent s’appuyer les tabous imposés par l’éducation et la vie en société. »

S’exhiber en tenue de femme fatale serait donc un moyen de renouer avec ses désirs infantiles. Comme un bambin qui s’agite nu dans son berceau, la femme montre un peu plus de son corps et de ses formes pour être certaine d’attirer vers elle les attentions.
Se rebeller contre les tabous
Et c’est le plaisir de la douce extravagance. On joue avec les tabous, on se rebelle contre les règles inculquées par la famille. « Ma mère était extrêmement prude et, tant que j’habitais sous son toit, il était hors de question de montrer le moindre bout de chair ! » Aujourd’hui, la poitrine de Sylvie, 29 ans, vendeuse, rebondit dans l’échancrure de sa veste bleu roi ; et le petit nœud noir apparent de son soutien-gorge en dentelle fait un pied de nez à cette mère "un peu trop étouffante".

La mère de Marie-Claire, 43 ans, était tout aussi traditionnelle. Pourtant, c’est elle qui a traîné sa fille dans les boutiques de lingerie et lui a acheté ses premiers hauts sexy : « Je crois qu’elle prenait un grand plaisir à me donner le goût de ce qu’elle n’avait eu ni le droit ni l’occasion de faire de son corps ; elle m’a érotisée, à défaut de l’avoir été elle-même. » A l’adolescence, Marie-Claire choisit de ne plus porter que des tenues provocantes. Pour elle, c’était d’abord le moyen de s’imposer face à une sœur aînée jugée "parfaite" : « Bien trop brillante pour que je puisse rivaliser avec elle par l’intelligence, elle était en revanche très prude ; j’ai donc commencé à exister quand je me suis positionnée à contre-pied, à travers la séduction. »

Si Marie-Claire a, depuis, brillamment étoffé son CV de journaliste, elle n’a rien changé à son style vestimentaire. Et cela lui a même valu de perdre un emploi. « Un jour, mon patron m’informe que, si mes décolletés le ravissent, ils en dérangent beaucoup d’autres. » Il lui demande alors « de se couvrir un peu plus ». Ce qu’elle refuse : « Même mon mari n’a jamais réussi à me faire changer de garde-robe ! »
 

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